Importance des reliques au Moyen-Age

Publié le par MB

Comme pour beaucoup d'actions humaines,
le culte des reliques au Moyen-Age
connut le pire et le meilleur.


Trois articles sur les reliques des Saints au Moyen-Age :

  • rappel historique de Jacques Le Goff.
     
  • «Les reliques, vues par un moine du XIIe siècle» : dans son "Traité des reliques", le moine Guibert de Nogent (né en 1053) critique vivement le culte des reliques tel qu'il est pratiqué à son époque.
     
  • La lutte incessante et peu glorieuse, qui opposera pendant de très longues années, Bénédictins et Antonins pour le "contrôle financier" des reliques de St Antoine l'Egyptien…


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Jacques Le Goff, « A LA RECHERCHE DU MOYEN AGE »
 

Dans l’Antiquité gréco-romaine comme dans le judaïsme,
le cadavre était souillure. 

Avec le christianisme, tout s’inverse. 
Aux IVe et Ve siècles se développe la vénération des reliques des Saints : 

Le Saint ressuscitera lors du jugement dernier : il pourra donc intervenir auprès de Dieu.

Il est donc important de le garder parmi les hommes.
Son corps et les objets qui l’ont touché sont vénérés pour rappeler au Saint qu’il doit intercéder auprès de Dieu. 
Des églises et sanctuaires sont élevés, des pèlerinages se mettent en place pour aller vénérer les saintes reliques.


Au XIe siècle, l’Europe est un réseau de sanctuaires. 

Les Saints se voient attribuer au gré des dévotions, des vertus de protection et de guérison qui n’ont souvent pas grand-chose à voir avec leur vie passée.
Il y a aussi des modes selon les pouvoirs attribués aux Saints, ou selon les miracles qui leurs sont attribués.

Les pèlerins font des dons et offrandes sur les lieux de dévotion, d’où l’importance financière de contrôler les lieux de culte.

Un véritable trafic de reliques se met en place : il peut être d’un excellent investissement à long terme de ramener des reliques dans son pays. 

Les croisades en Terre Sainte ont relancé ce marché...

C’est la Réforme Protestante qui mettra un coup d’arrêt à ces dévotions.


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Témoignage à propos des reliques

«Les reliques, vues par un moine du XIIe siècle»
 

Au début du XIIe siècle, le moine Guibert de Nogent (né en 1053) fut d'abord moine à Saint-Germer-de-Fly (Oise) puis moine de Nogent-sous-Coucy (Aisne) de 1104 à 1125.
Doté d'une solide instruction, il a beaucoup écrit en particulier un récit de sa vie
.

Dans son
Traité des reliques, il critique vivement le culte des reliques tel qu'il est pratiqué à son époque.

Il n'est pas hérétique, son ouvrage n'est pas condamné (il n'est pas destiné à sortir des monastères), ce qui prouve que son raisonnement est parfaitement admissible et que l'Eglise n'est pas dupe .

 

Après avoir insisté sur le côté charlatanesque des tournées de reliques, Guibert nous conte comment un jour il lui arriva d'assister à la harangue, il vaudrait mieux traduire : au boniment - fait par le chef d'un de ces cortèges de quêteurs.

L'homme montrait la châsse remplie de reliques insignes:« Sachez, s'écriait-il, sachez que dans cette petite boîte est renfermé un morceau du pain que notre Sauveur a broyé - masticaoit -de ses propres dents.
Et si vous hésitez à me croire, voilà un éminent personnage (c'est de moi qu'il parlait, dit Guibert), dont vous connaissez tous la vaste science, qui pourra confirmer mon 
dire, s'il en est besoin. » - J'ai rougi, avoue notre auteur en entendant ces paroles, intimidé surtout par la présence de tous ces gens que je savais disposés à défendre le fourbe. Je me suis tu, plus pour éviter les invectives des assistants que par crainte de l'orateur lui-même, que j'aurais dû sur-le-champ dénoncer comme faussaire.

Que dirai-je ?
Ni les moines, ni les clercs ne s'abstiennent de ces honteux trafics, au point de faire, en ma présence et sans que j'aie le courage de m'y opposer, des déclarations hérétiques touchant notre foi
.
C'est le cas de répéter le mot de Boèce:
Jure insanus judicarer, si contra insanos altercarer .

.. .j. ..

Et Guibert continue en se moquant plaisamment de ses solliciteurs.
Ces fraudes d'ordre littéraire le ramènent à la question des reliques incontestablement fausses et que cependant la foi admet avec certitude.

Deux exemples servent de commentaire à ses observations générales:

  • d'abord le prétendu crâne de saint Jean-Baptiste que les villes d'Angers et de Constantinople prétendent posséder toutes les deux, ce qui suppose que la fraude et le mensonge sont au moins d'un côté ;
  • ensuite l'histoire de la découverte supposée du corps de S. Firmin à Amiens, faite par S. Geoffroy, à qui notre abbé avait succédé à la tête de l'abbaye de Nogent .

 / 

Craignant sans doute d'avoir contristé quelques âmes pieuses, l'auteur termine son premier livre sur plusieurs assurances consolantes.

Il expose que ceux qui vénèrent de bonne foi les reliques d'un saint pour celles d'un autre, ne pèchent point, et que la prière adressée à une âme donnée à tort comme sainte est susceptible d'être agréée de Dieu, pourvu qu'elle parte d'un cœur simple et fervent.

Pour retrouver ce document : 
Abel Lefranc, Saint Jacques un et multiple, Sanctuaires et reliques;  
http://lodel.irevues.inist.fr/saintjacquesinfo/index.php?id=1247


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Les reliques de St Antoine l'Egyptien

 

La vénération des reliques de St Antoine l'Egyptien, qui furent ramenées en 1070 de Constantinople par Jocelyn, seigneur du Bas-Dauphiné, a été à la base de la renommée des Frères Hospitaliers Antonins dans la lutte et parfois la guérison du Mal des Ardents.

Mais ces reliques furent déposées non pas chez les Frères Antonins, simples laïcs à l'époque, mais dans le prieuré des Bénédictins de Montmajour installé dans le village de La Motte aux Bois, qui deviendra Saint Antoine l’Abbaye.

Les pèlerins qui affluaient à St Antoine pour tenter de guérir, laissèrent des dons au pied de ces reliques, au profit des Bénédictins, et une lutte incessante et peu glorieuse, opposera pendant de très longues années, Bénédictins et Antonins.

Les Antonins demandèrent donc à être reconnus comme un Ordre religieux et non plus simplement séculier.  En 1245 est fondé l’Ordre des Frères Hospitaliers de St Antoine, selon la règle de St Augustin, et ils purent alors "récupérer" les reliques de St Antoine, et bénéficier ainsi des dons versés par les pèlerins.
 

Ce reliquaire est actuellement déposé dans l'église de St Antoine l'Abbaye en Isère: 

 

LES PLUS BEAUX VILLAGES DE FRANCE : SAINT-ANTOINE-l'ABBAYE (ISERE) - VICTOR  ASSOCIATION

 

 

http://www.mbconseil.pro/2019/04/
les-antonins-un-ordre-hospitalier-meconnu.html

 

 

Publié dans Histoire

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